Séminaire des doctorants du LOTERR à Pont-à-Mousson

À mi-chemin entre Metz et Nancy, les deux sites du LOTERR, huit doctorantes et doctorants du laboratoire, ainsi que plusieurs titulaires, professeurs, maîtres et maîtresses de conférences et ingénieurs de recherche, se sont réunis le 18 décembre pour un séminaire annuel.
Ce dernier avait pour but, pour les doctorantes et doctorants avancés, de présenter l’état de leurs recherches, et, pour les plus jeunes, de se présenter à l’équipe et d’évoquer leurs recherches débutantes.

Les débats, nourris par les questions des uns, des unes et des autres, ont été riches et passionnants, sur des sujets très variés, allant des paysages du commerce et de la mobilité des enfants aux espaces périurbains et transfrontaliers, en passant par les marqueurs paysagers discrets, l’habitabilité ou encore les lieux-tiers et la participation citoyenne.

De courts résumés et quelques illustrations, pour chacune des interventions, sont disponibles ci-dessous.


  • Dorian MALLARD : Les Français face à l’urbanisme : les dimensions d’une perception clivée

Cette intervention présente les résultats du projet « Justice territoriale » conduit par la coopérative Acadie et le rhizome Chôros (financements ANCT et PUCA). Je reviens plus particulièrement sur une partie des résultats d’un questionnaire (IFOP) passé auprès de 4004 Français concernant : (1) leurs expériences et perceptions du juste et de l’injustice ; (2) leur positionnement sur des sujets de débat public qui soulèvent un dilemme de justice ; (3) leur conception du juste concernant la construction d’un avenir désirable pour la société française. Il y apparaît notamment que moins de la moitié des Français interrogés affirme que les aménagements publics réalisés autour de chez eux « ont globalement contribué à améliorer ma vie quotidienne ». Ce résultat est d’autant plus intéressant que la différenciation des comportements de réponse se joue bien plus sur le plan du positionnement géographique de la commune de résidence (niveau d’urbanité) que par la position sociale des répondants (CSP, revenus, statut familial…). Ce constat ouvre sur plusieurs pistes d’analyse qui explicitent : (1) le caractère foncièrement techniciste de la conception de l’espace urbain et de l’intervention publique à son égard ; (2) la standardisation de l’action publique urbaine ; (3) et l’inadéquation spatiale (anachorisme) des dispositifs et équipements déployés dans un certain nombre d’espaces, notamment extra-métropolitains. Ces observations démontrent la nécessité de poursuivre le renouvellement de nos procédures urbanistiques à l’aune de l’expérimentation de nouveaux paradigmes (justice spatiale) et dispositifs (conventions citoyennes territorialisées) d’action capables : d’une part, de renforcer l’ancrage de ces procédures dans toute l’épaisseur du vécu habitants et, d’autre part, d’accompagner la construction, par les habitants d’une société locale, d’un même horizon collectivement désirable d’évolution de leur espace de vie partagé.


  • Mahamat Helou AHMAT : L’art d’habiter comme clé de lecture de l’attractivité rurale : une comparaison entre le Tchad et la France

Cette intervention propose l’art d’habiter une lecture renouvelée de l’attractivité contemporaine des espaces ruraux à travers le concept d’art d’habiter, entendu comme une pratique consciente, sensible et située du rapport à l’espace. En comparant deux contextes fortement contrastés, les espaces ruraux du Tchad et de la France, la recherche interroge l’existence de dimensions communes de l’habiter malgré des trajectoires historiques, culturelles et environnementales différentes. Trois dimensions structurantes sont mises en avant : l’intimité, le faire communauté et l’harmonie avec la nature. L’approche mobilise une perspective critique des théories classiques de l’habitat et actualise les modes d’habiter en intégrant une dimension immatérielle attentive aux valeurs, aux sensibilités et aux rapports à l’espace à l’ère des transitions. La comparaison Nord-Sud, n’est hiérarchique, ni militante naïve non plus neutre technicienne, mais une posture critique, symétrique, contextualisée et épistémologiquement décentrée, vise ainsi à tester l’universalité du concept tout en soulignant sa nécessaire adaptabilité aux réalités locales, faisant des ruralités de véritables laboratoires d’avenir.


  • Niklas SCHULZ : Frontières et lieux tiers : influences et interrelations

La communication a eu pour objectif d’expliciter le croisement théorique des deux concepts frontière et tiers-lieux. Il se trouve que la frontière n’a pas encore été conceptualisée dans toutes ses facettes en lien avec les tiers-lieux au-delà de cas d’études. Or, étant donné que les régions frontalières sont formées et mises au défi par des frontières culturelles et linguistiques, il a été jugé pertinent de faire ressortir d’éventuels effets-frontière de tiers-lieux. Afin d’analyser l’objet d’étude à travers le prisme de différentes notions des border studies dont les effets de bordering et le borderscape, deux hypothèses ont été formulées et testées à travers une méthodologie qualitative déployée dans trois cas d’études impliquant cinq pays. Une capacité des tiers-lieux à dépasser les frontières culturelles et linguistiques ainsi qu’un rôle des enjeux communs post-industriels pour les effets-frontière des tiers-lieux ont été soupçonnés. Dépasser les frontières culturelles nationales constitue un véritable obstacle pour les tiers-lieux. Des aspects culturels communs aident à réduire les frontières. Des différences fortes rendent la coopération transfrontalière très compliquée, ce qui a pour conséquence un effet de rebordering. Les enjeux communs post-industriels ne se confirment guère. Ce qui ressort plus, c’est la perception d’états de crise et la recherche de solutions ayant pour objectif de développer un caractère résilient pour le territoire transfrontalier. Les tiers-lieux sont censés y incarner un rôle particulier, mais ne s’y retrouvent pas encore. Une perception commune de ce processus de la part d’acteurs culturels et institutionnels renforce la capacité d’action.


  • Paul CLAUDE MICHEL : La mobilité scolaire quotidienne à hauteur d’enfant : perspectives méthodologiques

Cette intervention de Paul Claude Michel, en première année de thèse, a été l’occasion de présenter une réflexion méthodologique portant sur la mobilité scolaire des enfants, envisagée à « hauteur d’enfant ». L’objectif est, en ce sens, de mener un travail de terrain directement auprès d’enfants en fin d’école primaire, ce qui induit des contraintes fortes dans la constitution de l’échantillon. Dans une perspective comparative, l’enquête est envisagée dans des écoles présentant des contrastes sociaux et territoriaux marqués.

La démarche présentée s’appuie sur une méthodologie partiellement testée lors d’un travail de recherche antérieur* qui a permis d’en montrer la pertinence. Celle-ci combine cartes mentales, entretiens et questionnaires, productions individuelles évaluées collectivement, ainsi qu’une observation diffuse et analytique.

L’illustration jointe donne à voir un exemple de carte mentale. Son géoréférencement met en évidence le décalage entre les représentations enfantines et le trajet scolaire, tout à la fois en ce qui concerne sa distance, mais aussi sa complexité.

* : Claude Michel, P. (2025). Venir à l’école : Autonomie infantile dans les mobilités scolaires [Mémoire, Université de Lorraine]. https://hal.univ-lorraine.fr/hal-05341019v1


  • Claire BERGE : Paysages des commerces d’occasion

Cette présentation avait pour objet l’étude du rôle de la scénographie commerciale dans le commerce de détail d’occasion (Dubucs, Endelstrein, 2020).

Selon les résultats préliminaires, les commerçants organisent leurs vitrines en fonction de la saison, une organisation appelée périodicité par les auteurs Bondue et Mallet (Bondue, Mallet, 2014). Peu de vitrines affichent des références liées à l’espace urbain, telles que le nom de l’entreprise qui fait référence à l’histoire urbaine (la ville ou la rue). La majorité des détaillants déclarent avoir choisi leur local en fonction de critères liés au loyer, mais aussi à la visibilité dans la rue. Néanmoins, les détaillants d’articles d’occasion liés au « luxe » ont des locaux moins visibles à l’échelle de la rue, ce qui leur permet de répondre à une certaine forme de confidentialité. Enfin, d’autres détaillants ont tendance à brouiller les perceptions liées au commerce d’occasion (Dubucs, Endelstein, 2020).


  • Pierric CALLENGE : Comment exploiter les marqueurs paysagers discrets pour analyser les recompositions d’une petite ville : le cas de Pont-à-Mousson

À partir d’une analyse qualitative de marqueurs paysagers discrets, collectés lors d’enquêtes photographiques afin d’identifier les réagencements (déterritorialisation/reterritorialisation) des territoires des petites villes ciblées, il est possible de rendre compte des recompositions des rapports centre/périphérie de ces villes. Associée à d’autres démarches d’enquête (entretiens, analyse de PLU, PCAET, etc.), cette analyse des marqueurs de recomposition met en évidence le défi de la gestion des héritages (industriels, militaires, commerciaux, administratifs, résidentiels…), de l’expansion périurbaine, des stratégies de redynamisation et en somme de l’urbanité de ces petites villes. En fonction de la situation de ces villes par rapport au Sillon Lorrain, ces recompositions laissent apparaître des différences dans le réagencement de l’espace, mais également une urbanité commune propre aux petites villes.


  • Camille MÉPLAIN : L’habitabilité du massif vosgien, un levier de reterritorialisation ? 

Cette présentation, en lien avec son sujet de thèse, interroge le concept d’habitabilité appliqué au massif des Vosges comme outil d’analyse et comme levier de reterritorialisation. À partir des dynamiques propres aux territoires de moyenne montagne vosgienne, elle met en lumière les interactions entre héritages productifs, savoir-faire, cadres de vie et trajectoires socio-territoriales contemporaines. L’habitabilité est mobilisée pour dépasser une lecture strictement résidentielle et intégrer les dimensions sociales, économiques, culturelles et symboliques du « faire territoire ». L’étude montre comment ce concept permet de penser les capacités d’adaptation, de résilience et de renouvellement des territoires vosgiens face aux mutations actuelles. Elle ouvre ainsi des perspectives pour l’action territoriale et les politiques de développement local. Cette présentation s’insère dans le courant des transitions studies.


  • Étienne PERRAIN : Une culture industrielle sans frontière ? Approche transfrontalière croisée entre Union Européenne et Amérique du Nord

Ce projet de thèse vise à étudier des espaces transfrontaliers culturellement influencés par la présence d’activités industrielles, à la croisée de la géographie et des border studies. Alors qu’il existe des espaces industriels transfrontaliers importants dans le monde (en particulier au sein de l’Union européenne et de l’Amérique du Nord), la dimension transfrontalière reste encore peu étudiée sous l’angle de la culture industrielle. Le projet cherche ainsi à analyser les liens entre les notions d’espace transfrontalier et de culture industrielle : existe-t-il une culture industrielle partagée au-delà des frontières ? Nous faisons l’hypothèse que la culture industrielle est fortement structurée par des éléments nationaux, mais que des formes de coopérations transfrontalières favorisent l’émergence d’une culture industrielle partagée. Pour tester cette idée, la recherche s’appuie sur une méthodologie qualitative, complétée par des données quantitatives. Les terrains d’étude de Détroit–Windsor (États-Unis/Canada) et de Forbach–Sarrebruck (France/Allemagne) permettront d’aborder cette hypothèse de manière comparative. L’avancement actuel de la thèse se concentre sur une contextualisation mondiale des espaces industriels transfrontaliers, afin de mieux situer les terrains d’étude envisagés par rapport à un contexte global plus vaste.


Contacts : dorian.maillard@univ-lorraine.fr, mahamat-helou.ahmat@univ-lorraine.fr, niklas.schulz@univ-lorraine.fr, paul.claude-michel@univ-lorraine.fr, claire.berge-casassa@univ-lorraine.fr, pierric.calenge@univ-lorraine.fr, camille.meplain@univ-lorraine.fr, etienne.perain@univ-lorraine.fr